mercredi 18 janvier 2012

La TVA actionnariale

         Donner plus aux patrons en prenant aux travailleurs. On dirait là une phrase caricaturale tirée de la doctrine marxiste. Et pourtant c’est tout simplement ce qu’annonce avec des périphrases et des fausses conditions la réforme de la TVA sociale.

          Dans un article précédent (5) nous avons vu qu’il est peu probable que les nouvelles marges dégagées par les entreprises grâce à la TVA sociale soient utilisées pour baisser les prix ou augmenter les salaires, surtout dans les secteurs à bas salaires où le gain de marge sera minime. Cette réforme n’a donc rien de « sociale ». C’est une mesure classique de droite pour augmenter  la part des profits dans la répartition de la valeur ajoutée. Ce but est noble quand il est utile à l’économie. Augmenter la part de la richesse créée destinée au capital est dans de nombreux cas une mesure nécessaire pour l’activité économique, notamment quand l’investissement des entreprises stagne. C’est le cas aujourd’hui, les marges des entreprises sont faibles et l’investissement est atone. Mais c’est là une situation conjoncturelle. Il convient de replacer la chose dans des tendances plus longues. La crise économique est analysée par les économistes de la régulation comme la conséquence d’une répartition des richesses trop défavorables au travail. N’ayant pas assez de moyens de consommer, les ménages se sont endettés pour compenser. Et l’endettement à tout va a créé l’énorme bulle à la source de la crise. C’est ainsi que le taux d’endettement des ménages américains avaient atteint en 2007 120% de leur revenu (2), tous se sont endettés, même les plus modestes, qu’importe leur capacité de remboursement.

         Dans le cas de la France, la répartition de la richesse entre capital et travail ne cesse depuis 1982 d’être favorable au capital et pourtant l’investissement reste bloqué (1). Le taux de marge des entreprises était de 23.1% en 1982. En 1989 on arrive à 32%. Cette part de la valeur ajoutée qui  servira à rémunérer le capital se stabilise autour de 30% du début des années 1990 jusqu’en 2007. Cette année le taux de marge grimpe à 31.7%. La crise ayant soi-disant « laminé » les profits des entreprises ne les a fait que redescendre à leur niveau d’avant 2007 et en 2010 le taux de marge était de 30.2% de la valeur ajoutée. En parallèle la part de la valeur ajoutée qui rémunère le travail, la part salariale, s’est donc retrouvée compressée depuis la seconde moitié des années 1980. Conséquence logique, ce qui a été gagné en capacité d’investissement a été perdu en intérêt à investir. Les salaires étant limités, la consommation a été atone et la demande anticipée des entreprises faible. Quand on compare le taux de marge des sociétés non financières à leur taux d’investissement on observe un profond décalage qui montre bien que la relation entre profit et investissement est complexe. En 2007, fortes d’un taux de marge de 31.7%, les entreprises françaises n’ont pourtant eu un taux d’investissement que de 19.7%. C’est 0.2% de moins qu’en 1980 quand le taux de marge n’était que de 23.76%. En 1986, un énorme ajustement du partage de la richesse en faveur du capital fait passer le taux de marge de 26.4% à 30%. Pourtant l’investissement reste faible avec un taux de 17.6%. L’année d’après ce n’est guère mieux, avec une progression de de 0.5% pour atteindre 18.1% (1).

       Nous savons où va la différence, les manifestants des mouvements d’occupation le dénonce depuis un certain temps aux Etats-Unis. Une minorité s’est enrichie. Daniel Bouton, ancien dirigeant de la Société Générale bénéficie d’une retraite d’un million d’euro annuel (2). Selon une étude du cabinet de recrutement Russel Reynolds et de la société de conseil en gouvernance Finca, la rémunération des administrateurs des entreprises du CAC 40 a augmenté de 15% entre 2006 et 2008 (6). Les actionnaires tirent également un profit exorbitant de leurs participations au capital des entreprises, tellement exorbitantes que parfois le marché se révèle plus défavorable que bénéfique au financement des entreprises. Danone a livré en 2007 à ses actionnaires un Return on Equity de 19.7%, Total de 31% (2). En pleine crise les bonus continuaient de pleuvoir à flot. 2008 avait marqué les esprits comme étant à l’époque la sixième plus grosse année en terme de bonus. Mais aujourd’hui les années 2009, 2010 et 2011 s’inscrivent également dans le classement. En 2009 et en 2010, le Crédit agricole a versé un bonus moyen de 150 000 euros à ses collaborateurs. La BNP Paribas a fait presque deux fois mieux avec un bonus moyen de 291 000. (3) Et c’est ainsi que s’accroissent les inégalités. Le revenu des Français appartenant aux 9 premiers déciles a augmenté entre 1998 et 2006 de 4.6%, mais celui des 1% les plus riches de 19.4%, celui des 0.1% les plus riches de 32% et celui des 0.01% les plus riches de 42.6% (4).

       Aujourd’hui ce n’est plus d’une question de capacités qu’il s’agit, mais d’une question de volonté. Les actionnaires tiennent le manche, exigent toujours plus de profit et écrase ce dernier par des rémunérations trop élevées. Ils n’ont que faire du développement de l’entreprise, des stratégies de long-terme pour conquérir et se développer. Ils ne considèrent ces stratégies que dans la mesure où elles pourront rapporter plus d’argent à une échelle de temps où il est raisonnable de penser qu’ils seront encore au capital de l’entreprise. Mais les critères de rentabilité qui servent à juger es investissements sont trop élevés et l’échelle de temps est trop courte. Fini le temps de ce cher Ford, de l’entrepreneur qui consacrait sa vie à son entreprise et qui tentait le tout pour le tout pour dépasser ses concurrents. Aujourd’hui toute mesure visant à la redynamisation de l’économie par la restauration des profits se heurtera au manque de régulation du capitalisme actionnarial. La redynamisation de l’économie passe avant tout par un partage plus juste de la valeur ajoutée. Pour augmenter l’investissement il faut augmenter la demande anticipée et donc jouer sur la consommation des ménages. Ce qui est en somme, l’inverse de ce que propose la réforme de la TVA sociale.

La TVA mercantiliste

      "TVA protectionniste et réductrice de pouvoir d'achat" c'est un titre moins accrocheur, mais sûrement plus proche de la réalité.

      L’idée de la TVA sociale est simple. Il s’agit de baisser les cotisations sociales et de remplacer cette perte de financement par l’ajout d’une nouvelle tranche de TVA dont les recettes vont dans les caisses de la sécurité sociale. Les cotisations sociales sont à la fois patronales et salariales. La réforme de la TVA sociale à venir abaisserait soit ces deux formes de cotisations soit seulement les cotisations patronales, selon ce qui est décidé par la majorité. Concernant les cotisations salariales, cette réforme a un impact quasiment nul puisque ce qui est rendu d’un côté sera repris de l’autre. Pour ce qui est des cotisations patronales, leur baisse rend plus faible le coût du travail et permet aux employeurs une marge plus grande sur leur chiffre d’affaire. Cette marge peut être sacrifiée par une baisse des prix ou peut servir à augmenter les salaires et/ou les profits.

       Cette réforme nous est présentée par la majorité comme l’arme anti-délocalisation, clé de la hausse des exportations et de la baisse des importations. Il est vraie cette réforme abaisse les coûts des biens produits en France et augmente le prix de vente des biens importés. Il peut donc y avoir un léger effet de rééquilibrage de la consommation nationale en faveur des produits français. Cette réforme a une utilité potentielle également pour les entreprises exportatrices: pouvoir gagner de la compétitivité-prix et donc des parts de marché par l’abaissement du prix de vente HT des produits. Donc au final la réforme est mercantiliste. C’est un protectionnisme détourné qui cherche à équilibrer la balance commerciale française et à faire contribuer plus les exportations à la croissance française.

      Mais dans la course à la compétitivité-prix sur le marché mondial, les exportateurs comme la Chine ou l’Inde ont des atouts d’une tout autre ampleur. Ne nous trompons pas, pour contrer les bas coûts de la main-d’œuvre chinoise c’est plus qu’une TVA sociale qu’il faut. Abaisser légèrement les cotisations sociales ne sert à rien contre des pays qui n’ont pas de sécurité sociale. Suivre les pays émergents dans une stratégie de compétitivité-prix serait une stupidité que même l’UMP n’envisage pas. Ce n’est donc pas sur les produits chinois que la TVA sociale apportera un avantage compétitif, mais sur des produits provenant de pays où la différence de coûts salariaux est moindre. En fait la TVA sociale est une sorte de dumping social léger envers nos partenaires européens, et encore ceux qui ne sont pas trop à l’Est. C’est utiliser la dernière arme de politique économique qu’il nous reste en tant qu’Etat de l’Union Européenne, la fiscalité, contre nos propres alliés. Je ne serais pas celui qui blâmerait un tel comportement, aux vues de la fiabilité des alliés, si au moins il était rationnel. Mais il faut observer un décalage entre l’efficacité limitée de la réforme sur le commerce extérieur français et son impact négatif indirect sur l’économie française dans son ensemble.

       L’augmentation de la TVA augmente le prix des biens TTC consommés par les ménages. Donc en fait cela revient à baisser le pouvoir d’achat de la grande majorité des Français. Plus les revenus d’un individu sont bas et pire sera la dégradation de sa situation si on raisonne en terme relatif. Car un euro n’a pas la même valeur suivant qu’on soit smicard ou qu’on soit cadre. Et tout le monde paye le même taux de TVA qu’importe son revenu, ce qui, à l’inverse des impôts progressifs, est fondamentalement injuste. Nuançons cette première affirmation en notant que les minima sociaux sont indexés sur l’indice de variation des prix. L’impact sur le pouvoir d’achat des plus démunis doit donc être nul. Par contre tous les salaires supérieurs au SMIC ne sont pas indexés automatiquement, donc la perte de pouvoir d’achat les concerne. « Oui mais si les producteurs baissent les prix HT ou augmentent les salaires cela annule l’augmentation des prix » répliquent les pro-TVA sociale.

      La baisse des prix pour les produits vendus sur le marché national est peu probable. L’exemple récent du secteur de la restauration illustre bien le volontarisme patronal quand il s’agit de faire payer les Français moins cher. Et pourquoi les blâmer ? Il serait stupide de baisser les prix alors que les consommateurs sont habitués à payer un prix élevé qui est devenu la norme. De plus si les patrons soutiennent si activement cette réforme c’est bien qu’ils y ont un intérêt. Quel est-il si la baisse de prix est égale à celle des coûts du travail ? Cela reviendrait au même que si l’on avait conservé l’ancien système puisque les marges seraient similaires. Pour l’augmentation des salaires, je demande à voir ! Si l’augmentation est aussi importante que la baisse des cotisations on retombe sur la même question : où est l’intérêt des patrons à la réforme ? Et il faut regarder quels sont les salariés qui verront leur salaire augmenter. Le terme salarié est si vaste qu’il renferme à la fois le Directeur Général et l’OS.

       L’économiste André Gauron a signalé le problème dans un article pour Alternatives Economiques: « au niveau du smic, les entreprises ne payent déjà plus de cotisations de  sécurité sociale et jusqu’à 1,6 smic, elles sont minorées. Ces mesures bénéficient en priorité aux secteurs à bas salaires, services, grande distribution, cafés- restaurants, BTP. » Ces secteurs sont ceux qui produisent pour l’économie nationale, ils n’exportent que peu. La réforme de la TVA social ne réduit pas les coûts du travail significativement pour ces secteurs, donc ne permet pas une augmentation des marges. Dès lors les entreprises ne peuvent ni baisser les prix, ni augmenter les salaires. Pourtant elles subiront l’augmentation de la TVA comme les autres. Et comme le SMIC est indexé sur la hausse des prix à la consommation, au final ces entreprises pourraient même voir leurs marges se réduire à cause de la hausse des coûts du travail ! Dans cette hypothèse, les salaires ont bien augmenté mais pas leur pouvoir d’achat, et à la fois producteurs et consommateurs sur le marché national sont perdants.

       Ainsi la réforme de la TVA sociale est loin d’être aussi importante qu’on essaye de nous le faire croire. C’est une action à la marge, très contrainte, qui ne va pas beaucoup changer la donne sur le plan du commerce extérieur. Mais sur un plan intérieur, la TVA sociale présente un risque de perte de pouvoir d’achat pour les Français. Ce risque est d’autant plus grand qu’il intervient dans un contexte de consommation atone qui n’arrive ni à tirer la croissance ni à créer une demande anticipée suffisante pour dynamiser l’investissement. Je vous renvoie à l’article « la TVA actionnariale » pour creuser un peu plus la question.

lundi 2 janvier 2012

La France de 2012


« Bonne année à tous ! » scandait Arthur sur TF1 dans l’émission « En route pour 2012 » au moment où s’achevait le 31 décembre. TF1 est la chaîne la plus regardée de France. Elle a raflé 99 des 100 meilleures audiences de l’année 2011 et son audimat atteint presque celui de France 2 et France 3 additionnés. Qu’est-ce que ce monstre médiatique a montré aux Français pour entamer l’année 2012 ? Un cabaret transformé en plateau-télé où Arthur, Nikos Aliagas, Pascal Obispo et Laurent Baffie taquinaient la seule femme présente à la table, Victoria Silvstedt, tout en admirant les formes des Blue Bell Girls du Lido. Une fantastique image de la femme et des rapports entre sexes. En 2012 une femme c’est une grande blonde d’un mètre quatre-vingts qui possède 300 mots et sourit magnifiquement avec ses lèvres botoxées. Et ces messieurs enchainaient les remarques et sous-entendus machistes qui faisaient comprendre à madame que si elle était présente c’était pour son décolleté et non pas pour sa finesse d’esprit.
Voilà la France de 2012. Une France qui semble stagner, qui tirée par des arriérés veut retourner en arrière. Une France qui a décidé de s’abrutir seule pour arrêter de se faire prendre pour une abrutie. Ainsi l’audimat de « Scènes de ménage » sur M6 a dépassé celui du journal de vingt-heures de France 2. Ce n’est pas étonnant vu la qualité du journal de vingt-heures. Les Français sont harcelés d’informations dramatisées et de déclarations contradictoires. On les gave de données brutes alignées les unes derrière les autres sans aucun sens. On leur annonce indifféremment que la répression en Syrie a fait des centaines de morts puis que Carlo Ancelotti a été nommé entraîneur du Paris SG en remplacement d'Antoine Kombouaré.
Les vœux de Monsieur le Président de la République sont révélateurs dans ce sens. A l’écouter il a empêché une crise aussi terrible que la deuxième guerre mondiale grâce à la réforme des retraites. Aux 2 800 000 chômeurs que sa politique a laissés sur le bord de la route il offre des vœux de bonne année et un remerciement pour leur « courage » et leur « sang-froid ». Pour lui le courage est synonyme de sortie du marché du travail par perte d’espoir et le sang-froid de silence. Il faut reconnaitre que M. Sarkozy a dit de bien belles choses, dignes du président de tous les Français. Mais dès lors qu’on met en perspective ses paroles avec ses actes c’est tout le grotesque qui transparait. Il acclame la sécurité sociale, dénonce le désordre mondial et prône le protectionnisme après s’être fait élire sur un programme libéral. Il nous dit que « la France a su préserver l’essentiel », on peut dire qu’il a raison mais que c’est un combat qu’elle a mené contre son propre gouvernement. Il enchaine par une longue tirade pleine du bon sens du père de famille : « La seule façon de préserver notre souveraineté, de maîtriser notre destin, est de choisir comme nous l’avons fait jusqu’à présent la voie des réformes structurelles plutôt que celle des réactions à chaud qui ne font qu’ajouter à la confusion et au désordre sans restaurer la confiance ». Mais quel président, accompagné de quelle majorité, a fait passer des réformes qu’il a annulées par la suite pendant un même quinquennat ? Qui est toujours présent cinq minutes après un évènement et annonce la création de 15 commissions pour faire une loi au plus vite sur la question mais sans jamais faire suivre les décrets d’application ? Le président conclut par une phrase rassembleuse : « Nous ne bâtirons pas notre compétitivité sur l’exclusion mais sur notre capacité à donner à chacun une place dans la Nation ». Mais ce « Nous », il faut s’en rappeler, ne contient ni les Roms, ni les immigrés tunisiens, ni les étudiants étrangers, ni même les Français « issus de l’immigration » qui ne sont tous qu’une bande de parasites facteurs de chômage, d’insécurité et de déficit de la sécurité sociale.

Si on s’arrête ici, la France de 2012 est donc machiste, indifférente, menteuse, immobile et xénophobe. Mais attention, M. Sarkozy a beau être le président de tous les Français, tous les Français ne sont pas comme M. Sarkozy. TF1 a beau être la chaine préférée des Français, elle ne les résume pas. Cette année qui s’est écoulée, comme toutes les autres, a montré les multiples facettes de la France qui, plongée dans le pire, est toujours capable du meilleur. La France de 2012 n’a pas perdu de son dynamisme. Son indicateur conjoncturel de fécondité est un des plus hauts parmi les pays développés. Elle bénéficie d’un secteur de l’art en pleine expansion, avec notamment une industrie musicale prolifique qui rayonne à l’internationale. La France de 2012 c’est aussi celle où le mot solidarité se bat pour conserver son sens, qui donne quatre-vingt-six millions d’euros lors du téléthon et où les restos du cœur distribuent chaque année près de 100 millions de repas. C’est la France de l’enseignement gratuit et laïc. C’est la France où la découverte est encouragée par les collectivités territoriales et où beaucoup de musées sont gratuits pour la jeunesse. C’est une France encore ouverte sur le monde, qui permet à ses étudiants de voyager à l’étranger et à tous ses citoyens de circuler librement en Europe. C’est cette France-là qu’il faut défendre. 2012 ne sera pas l’année du grand changement, nous le savons. Mais avec cette nouvelle année nous pourrons choisir de montrer une nouvelle facette de la France. Si tous nous avançons animés par des idéaux de Liberté, d’Egalité et de Fraternité, alors nous pourrons éviter que l’année 2012 ne soit qu’une autre année 2011.

mardi 13 décembre 2011

Les lois des Dieux contre la loi des Hommes

                Cet article reprend des informations publiées sur le blog Droites Extrêmes des journalistes Abel Mestre et Caroline Monnot, les citations sont extraites de certains de leurs articles.

La République est une œuvre toujours en construction, et il y a des groupes qui n’auront de cesse d’essayer de déconstruire le travail déjà achevé. Ces derniers mois on observe une montée au créneau des intégristes religieux. Des fanatiques se lèvent contre la démocratie et menacent nos institutions.
            C’est tout d’abord du côté de la mouvance intégriste catholique que le danger provient. De nombreuses manifestations contre des représentations théâtrales ont été organisées. Une série de manifestations a eu lieu devant le théâtre «le 104 » dans le XIXe arrondissement de Paris contre une pièce de Romeo Castellucci "Sur le concept du visage du fils de Dieu ». Les manifestants ont même réussi à interrompre la pièce. La manifestation a terminé en altercation avec les forces de l’ordre, des individus ont été interpelés et la police a saisi des armes blanches et des bombes lacrymogènes sur les manifestants. D’autres manifestations ont eu lieu à Toulouse pour empêcher la représentation de la pièce "Golgota Picnic". Les deux principaux mouvements représentés dans ces manifestations étaient l'Institut Civitas et le Renouveau Français. Le premier rassemble « des catholiques traditionalistes et intégristes proches de l'extrême droite ». Son leader, l’abbé Xavier Beauvais, défini l’objectif du mouvement comme étant " la restauration de la royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ". Le Renouveau Français est tout bonnement une ligue, en version 1930, qui promeut des idées pétainistes et réactionnaires. Ils militaient main dans la main contre le « blasphème » et la « christianophobie ». Il n’est pas étonnant que des mouvements si extrêmes se développent et osent attaquer en public la liberté d’expression et la laïcité quand on voit l’attitude des hauts dignitaires de l’Eglise catholique. Ainsi le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d'Etat et numéro deux du Vatican a dénoncé mardi 22 novembre dans une déclaration le "laïcisme intolérant" en "conflit ouvert avec les valeurs chrétiennes traditionnelles". Le message vient donc d’en haut, de cette Eglise qui soutient implicitement ces mouvements. Elle a bien senti la faiblesse actuelle de nos institutions et l’ampleur de la crise sociale, et elle en profite pour entamer sa nouvelle vague d’évangélisation dans l’espoir de reconquérir son pouvoir d’antan. Et c’est chez les jeunes que l’endoctrinement prend place, comme toujours. Les militants du Renouveau Français sont de jeunes gens et c’est sous le slogan "France, jeunesse, chrétienté" qu’ils ont défilé à Paris le 29 octobre.
Il faut noter que ce slogan ne gênait en rien les militants de Forsane Alizza, un « groupuscule islamiste radical » présent à la manifestation pour montrer leur soutien au mouvement. Tous les groupes antirépublicains profitent de la situation de délitement du lien social pour affermir leur prise. Ainsi la radicalisation se voit aussi du côté de l’Islam. Le siège de Charlie Hebdo a été victime d’un incendie criminel dans la nuit du 1er au 2 novembre après que le journal satirique ait publié des caricatures de Mahomet. Des islamistes ont également piraté le site internet de Charlie Hebdo et menacer celui de Libération, qui hébergeait dans ses locaux les journalistes de Charlie Hebdo après l’incendie. Il convient de rappeler que le délit de « blasphème » n’existe pas. Le mot blasphème signifie en grec "parler en mal d'une réalité". Une réalité n’est pas une croyance, la religion est une interprétation du réel. Dénoncer un blasphème c’est imposer sa croyance et sa vision du monde en affirmant que notre interprétation est la vérité. C’est un message d’une violence égale à celle du blasphème, qui nie en bloc la véracité de l’interprétation. Si cette dénonciation est faite dans le cadre de la loi, cela ne pose aucun problème. Mais si c’est le cadre de la loi lui-même qui est remis en question, on ne peut le tolérer.

François Bœspflug, professeur d'histoire des religions à la Faculté de Théologie Catholique de l'Université Marc Bloch de Strasbourg a annoncé « on assiste à un recul du seuil de tolérance. » dans un entretien au Monde. Ce que je lui répondrais c’est que c’est l’inverse. Notre gouvernement n’a que trop toléré. La laïcité a été laissée sur le bas-côté de la route depuis bien longtemps. La preuve étant que nous avons élu en tant que président un homme qui n’y est même pas favorable. Le soi-disant gardien de nos institutions n’a caché son jeu à personne. Pendant sa campagne de 2007 il a multiplié les déclarations empreintes de religiosité. Il a défiguré le principe de laïcité pour le confondre avec le principe de tolérance. Une tolérance qui arrange bien ceux qui ont le pouvoir, car alors on peut tolérer leurs abus. La laïcité doit être intolérante car sinon un groupe arrive toujours à mettre en avant ses croyances par rapport à celle des autres. Et c’est ce qui se passe en ce moment, la « laïcité chrétienne » prospèrent. Il faut remettre les choses à leur place. La République ne reconnait aucun culte nous dit l’article 2 de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905. La laïcité ce n’est pas respecter tous les cultes. Il faut prendre le mot tolérance à son sens originel : tolérer c’est être irrité par la présence de, mais ne rien dire tant que cette présence ne devient pas trop gênante. Il faut circonscrire le culte dans une ligne stricte qui le sépare du pouvoir politique. La Laïcité c’est la négation des institutions religieuses pour affirmer la République comme seule et unique expression légitime du collectif.
C’est la seule solution pour que la paix soit préservée. Pour que chacun puisse jouir pleinement d’une religion comme instrument personnelle d’émancipation et non pâtir d’une religion instrument de tyrannie d’un groupe spécifique. Il suffit d’observer la situation actuelle pour voir qu’on ne peut pas faire autrement. Dès que la République tourne la tête et abaisse sa garde les Eglises reviennent à la charge prêtent à la poignarder. Elle donne un doigt et on lui prend la main. La République doit confiner la religion à la sphère privée pour sauvegarder les intérêts de tous dans la sphère publique. Elle doit s’extirper totalement du carcan théologique pour offrir une loi qui permette à tous de vivre selon le chemin qu’il choisit. Contre ces manifestants qui s’offusquent contre le non-respect de la loi de leur Dieu il faut répondre que cette loi n’existe pas. La seule loi c’est celle du peuple français, celle qu’il s’est librement imposé et pour l’amélioration constante de laquelle il continue d’œuvrer.

Article 1er de la Constitution du 4 octobre 1958
La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée.


Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen :
Art. 6. La Loi est l'expression de la volonté générale. Tous les Citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants, à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse.
Art. 10. Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi.
Art. 11. La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.



http://droites-extremes.blog.lemonde.fr/2011/10/31/manifs-anti-castellucci-les-choses-se-compliquent-au-cent-quatre/

samedi 3 décembre 2011

Inné ou acquis, la droite ou la gauche.


L’affrontement du mérite individuel et des déterminismes sociaux dans le contrat social.

Mon point de vue sur l’échelle droite-gauche de positionnement politique est qu’elle correspond à une échelle de croyance en la détermination sociale. La grande ligne de fracture entre la droite et la gauche est la croyance ou non à une essence des individus. Se positionner politiquement c’est accorder implicitement plus ou moins d’importance à cette essence qui est l’inné et à l’expérience qui nous forme qui est l’acquis.
La droite est construite sur une base de philosophie chrétienne qui est la croyance en l’âme. Les fidèles croient que quelque chose d’immatériel et d’insaisissable est à la base de notre être et que le reste, notre vie matérielle, n’en est qu’une émanation. L’âme est l’inné. Ainsi les valeurs de la droite mettent en avant la puissance d’action de l’individu et la vertu des efforts. Elles négligent en parallèle le contexte, les facteurs extérieurs à l’individu. La droite se sert des actions individuelles, émanations de l’inné, pour déterminer la nature de cet inné et donc la qualité d’une personne. Celui qui réussit c’est celui qui fait les efforts pour réussir, qui combat l’environnement et arrive à le plier à sa volonté. L’individu ne devient pas, il est déjà. Si l’individu doit réussir il réussira. On comprend alors la logique de la droite actuelle qui consiste à détacher les wagons les plus lourds du train pour faire avancer la locomotive plus vite. Ces personnes qu’on exclue du système sont par nature moins productives, le système n’y est pour rien dans leur déviance. L’égalité est injustifiée, si elle doit subvenir elle doit se cantonner à une égalité des chances. La droite ne s’interroge pas sur les facteurs qui font que certains individus vont faire plus d’efforts que d’autres, le libre-arbitre est total. Cette valorisation de l’innée peut devenir dangereuse quand elle est poussée à l’extrême. La droite extrême tend à négliger les actions comme critère de jugement et se concentre directement sur l’essence en définissant des critères statiques pour juger l’individu à la source. On aboutit alors à des logiques raciales par exemple, qui refuse tout acquis et se basent uniquement sur l’inné.
A l’inverse la gauche n’accorde qu’une place marginale à l’inné et privilégie avant tout l’acquis dans sa vision des choses. La gauche s’intéresse à la structure dans laquelle est inséré l’individu, en d’autres termes les déterminismes sociaux. Ce n’est même pas militer pour l’égalité des chances, car cette dernière est une illusion. L’inné n’existe pas, de ce fait l’acquis dépend seulement des conditions dans lesquels il est acquis. Les actions de l’individu ne comptent que peu, l’important c’est le système. L’extrême-gauche nous fournit une vision laïcisée d’un individu qui n’est rien au départ et devient tout. Cet individu vierge est formaté par les conditions extérieures de son existence qui vont déterminer qui il est et ce qu’il fait. On comprend cette orientation idéologique par les conditions d’émergences de la gauche et ses origines ouvrières. L’ouvrier était l’idéal-type de cet individu formaté par le système. Les ouvriers se sont organisés et ont créé des mouvements qui ont dénoncé le carcan social et ont mis en avant une logique qui rejette complètement l’inné. Elle met en avant des individus indifférenciés qui tous méritent la même chose. Leurs actions n’ont aucune valeur à cause des lourdes déterminations sociales qui pèsent sur eux. Dès lors l’égalité doit être l’égalité de fait, elle passe par le changement intégral du système pour que tous les individus puissent être traité de manière égale.
Quelle part d’importance accorder à l’acquis et à l’inné respectivement ? Cette question est centrale dans toute décision politique, car sa réponse oriente les modalités de l’action qui sera mise en place. Devons-nous faire à l’école des classes de niveau ou devons-nous faire des classes où les plus mauvais côtoient les meilleurs ? Une approche privilégiant l’inné choisit la première option, car ce qui compte c’est de donner les moyens à chaque individu d’épanouir au maximum son potentiel pré-intégré, il ne faut donc pas qu’il soit sous-exploiter dans une classe avec un niveau inférieur à son niveau réel. Une approche privilégiant les déterminants sociaux répond évidemment le contraire. Il faut de la mixité sociale à l’école pour compenser les déterminismes familiaux et pouvoir espérer une plus grande égalité de fait entre les individus. Si les meilleurs sont légèrement pénalisés ce n’est pas grave, de toute façon leur mérite est faussé au même titre que l’échec des moins bons.


Le dilemme de la gauche est le refus du mérite qui s’oppose à sa nécessité. Le refus de croire en une essence de l’individu fait du mérite une variable à définir. Le mérite n’est qu’une convention, il n’a aucune réalité mais les individus veulent et doivent croire en leur inné et à la valeur de leurs actions. Le mérite fait donc figure d’instrument utile pour préserver le contrat social. Le contrat social doit donner à la majorité des citoyens envie d’en faire partie. Les règles du jeu doivent donner envie de jouer. Il faut donc définir un mérite individuel et le valoriser pour amener la majorité dans le contrat social. Mais la définition ne doit pas être trop stricte et la valorisation trop forte, pour ne pas rendre trop grande la proportion de ceux qui à cause des déterminations sociales ne peuvent pas se conformer à cette norme de mérite. Il faut trouver un équilibre entre d’un côté ceux qu’on exclue car ils ne sont pas assez méritants et de l’autre les méritants qu’on pénalise pour combattre les déterminismes sociaux. Il faut trouver une juste mesure dans la prise en compte de l’inné et de l’acquis. Pour le socialisme cette mesure est celle qui divisera le moins possible la société, qui favorisera le plus les minorités en pénalisant le moins la majorité. La ligne à tracer est celle qui inclura le maximum de citoyens dans un ensemble ou l’égalité est la plus vraie possible mais qui permettra au système d’être supportable.
Le problème est que cet équilibre n’existe pas, il reste à construire. Sa définition change en permanence et est pour une bonne part soumise à la subjectivité. Peut-on se permettre de sacrifier 5% de la population trop lourdement déterminés ? Ou doit-on combattre plus en avant les déterminants sociaux pour inclure 99% de la population, même si cela correspond à une contribution très lourde pour la vaste majorité qui se contenterait aisément de règles méritocratiques plus strictes ? Voilà le nerf du socialisme : où définir le moins-pire pour permettre un mieux au plus grand nombre ? C’est la réponse que je fais à ceux qui critiquent le parti socialiste pour ses divisions et ses problèmes de cohérence. Si le parti socialiste a autant de tendances différentes en son sein c’est parce qu’il y a autant de définitions possibles de la juste mesure. Le parti socialiste a fait le choix de la difficulté. C’est un parti sans ligne car c’est un parti du réel, un parti qui ne se base pas sur des absolus mais sur des valeurs et leur articulation avec la réalité. Le socialisme est une œuvre qu’il faut construire et reconstruire perpétuellement.

samedi 5 novembre 2011

Contre Je suis Partout, Ils ne sont nulle part


Sécuritarisme et indifférence dans une France à tendance fascisante.

Notre ministre de l’Intérieur Claude Guéant a décidé de recourir à une nouvelle solution pour lutter contre les trafics de drogue et la criminalité à Saint-Ouen. Il a annoncé que dans cette commune « des habitants volontaires recevront une formation, un uniforme et seront indemnisés lors de leurs vacations impliquant médiation, prévention et surveillance générale ». De plus les habitants pourront appeler un numéro vert pour « signaler anonymement à la police toute chose anormale ». Qu’est-ce que nous avons là ? Ne serait-ce pas ce qu’on nomme communément une milice et une incitation à la délation ? Oh grand non ! C’est une « mobilisation citoyenne » titre l’article de Direct Lyon Plus, journal gratuit que des milliers de Lyonnais lisent chaque jour. Il n’empêche, drôle de coïncidence, les citoyens mettant l’uniforme et rétablissant l’ordre on les trouve sous Vichy, dans l’Allemagne d’Adolf Hitler et dans les communes d’extrême-droite des Pays-Bas actuels. Bizarrement, chaque fois cela entraine des dérives liberticides. Qu’on ne vienne pas me dire que cela n’a rien à voir, que c’est simplement pour une seule commune et dans un contexte bien particulier. Si problème de sécurité il y a, c’est l’Etat et sa force de maintien de l’ordre qui doit agir. C’est l’institution républicaine créée par les représentants du peuple qui doit se charger de cette situation. C’est l’action de la police qui doit se faire plus efficace. Et puis quelle hypocrisie ! Qu’est-ce que l’action d’une poignée de gens entrainés à la va-vite par un policier retraité va changer au trafic de drogue en France ? Si la police et ses forces d’interventions spéciales n’arrivent pas à appréhender les grands trafiquants qui sont à la tête des réseaux, comment Monsieur X pourrait-il y arriver ? Par contre je le reconnais, le nombre de petits revendeurs de rue interpellés va sûrement augmenter. C’est mettre un pansement sur une jambe de bois, une mesure populiste, qui ne peut entrainer que des dérives dangereuses.

Voilà où en est la France du XXIe siècle. Une France prête à accepter un fichage de tous ses habitants pour protéger ses comptes en banque. Le projet de loi sur la nouvelle carte d’identité incorporant deux puces électroniques contenant les données biométriques de l’individu est actuellement examiné en deuxième lecture au Sénat. Une de ces puces contiendrait nos empreintes digitales pour éviter l’usurpation d’identité. J’ai mieux à proposer : mettre la puce sous la peau des gens directement à la naissance ! On est sûr comme cela d’éviter toute fraude ! Et pourquoi ne pas y inclure des données sur les croyances, les orientations sexuelles et les goûts des personnes ? On pourrait ainsi déceler les personnes à potentiel déviant en croisant les données et les enfermer avant-même qu’elles aient commises le crime qu’elles sont inévitablement amenées à commettre ! Et les Français accepteraient sans broncher. Ces acteurs individuels non concertés et incapables de se contextualiser dans un ensemble social plus large se diront pour la majorité « Et alors ? Moi je n’ai rien à me reprocher ! Ce sont les malhonnêtes qui sont menacés ! ». Le rapporteur de la loi au Sénat utilise déjà cet argument en appelant le fichier centralisé de données, que la mise en place des nouvelles cartes d’identité entrainerait, un « fichier des gens honnêtes ».
Ici je ne suis pas en train de critiquer le « pouvoir », le « gouvernement », les « élites », ces entités abstraites à qui on attribue si facilement des caractéristiques humaines et une intentionnalité. Je critique la passivité des citoyens. Je ne dis pas que notre ministre de l’intérieur est vierge de responsabilité dans la dérive fasciste de la France. En effet sa ligne d’action est orientée par des idées qui semblent claires. Je ne dis pas non plus que l’entier gouvernement ou le président ne soit pas dans une stratégie de défense de leurs intérêts propres. Mais ce que je veux rappeler ici c’est surtout un principe de la démocratie, celui du contrôle par le peuple de l’action de ses gouvernants. C’est au peuple de réagir face à de telles mesures, par le vote, par la mobilisation, par tous les moyens disponibles. C’est parce qu’elles sont globalement acceptées ou volontairement ignorées par les citoyens que ces mesures sont envisagées et mises en place. Ce n’est pas une question de couleur de gouvernement, tous les gouvernants ont intérêt à plus de contrôle sur leurs gouvernés et à plus d’autoritarisme, cela rend leur tâche beaucoup plus aisée et répond aux désirs de puissance et de richesse que tous nous avons. « Tous propriétaire », tous tenus en laisse par notre crédit, tous plongé dans la paranoïa de l’avoir, un peuple assagit qui a beaucoup trop à perdre pour protester. Voilà qui arrange aussi bien un Jospin, sous le mandat de qui le projet de carte d’identité à puces a été introduit pour la première fois à l’Assemblée, qu’un Sarkozy. Préoccupés seulement par leur sûreté matérielle, les Français sont aujourd’hui prêts à sacrifier valeurs démocratique et République pour garantir leur petit confort. Nous ne sommes jamais à l’abri de la menace fasciste, les tendances paranoïaque et liberticide de l’homme sont toujours sous-jacentes. Je ne veux pas tenir un discours « tous pourris, tous les mêmes », je veux juste rappeler que l’idéal est dans le « tous vigilants », toujours. Je crois en la force des idées que chaque partie met en avant pour changer la France. Mais je pense qu’il ne faut pas oublier qu’à l’intérieur de tous ces partis on trouve des hommes et des femmes, qui ne sont intrinsèquement ni plus mauvais ni meilleurs que nous-mêmes.

Les mises en garde perpétuelles et les rappels à l’ordre constant n’y font rien. L’histoire nous fournit de nombreux repoussoirs  comme l’URSS ou l’Allemagne nazie. La science-fiction nous alerte régulièrement contre les dérives possibles de nos sociétés, contre les stratégies de terreur des gouvernements pour rester en place, comme celui de la Grande-Bretagne de V comme Vendetta, ou contre les menaces du contrôle total de Big Brother. Mais rien n’y fait, tant qu’il n’est pas trop tard la majorité ne bronche pas, elle augmente son seuil de tolérance jusqu’à tolérer l’intolérable en priant pour qu’elle n’en soit jamais victime. Heureusement que certains ont un minimum de clairvoyance. Le Conseil d’Etat a ainsi annulé l’article 5 du décret du 30 avril 2008, qui instaure le passeport biométrique en droit français, après sa saisine par des citoyens préoccupés par le « fichage étatique généralisé ». La CNIL a mis en garde contre cette nouvelle carte d’identité à puces et la centralisation des données qu’elle entrainerait. Mais ceux qui ce sont soulevés contre ces mesures ne sont qu’une minorité, une poignée de juristes, d’humanistes ou d’anarchistes sensibilisés à ce à quoi ils étaient déjà sensibles. Les autres ont préféré dans Direct Lyon Plus les 15 pages dédiés au football plutôt que les huit pages d’actualité et l’article sur la « mobilisation citoyenne » de 17 lignes en coin de page. L’égoïsme, l’indifférence et la recherche exclusive du confort matériel et de la facilité intellectuelle, voilà le ferment du fascisme. Contre ça nous devons aujourd’hui tous nous lever. N’oublions jamais que celui qui ne dit mot consent, arrêtons de tolérer et commençons à vouloir.